Pour les besoins d'une playlist en construction, je suis allé rechercher mon
Automatic For The People et je l'ai numérisé. Je ne sais pas trop pourquoi on arrête d'écouter certains disques avec le temps. Sans doute qu'on les écoute trop. Sans doute.
C'était en 1992. Je n'avais pas encore 16 ans. Je me souviens du rapport aux disques que j'avais alors. Rien à voir celui que j'ai aujourd'hui. J'étais sans doute déjà passionné, exigeant et je pense, avec le recul, que j'avais déjà la conviction que la musique peut guérir de tout. Mais à l'époque, je lisais sans doute des revues auxquelles je faisais confiance (je ne sais plus du tout lesquelles), j'écoutais la radio - probablement Oui FM et je regardais des clips sur MTV parce que mes parents avaient pris les 14 chaînes que proposait le câble. Je crois bien d'ailleurs que c'est le clip de "Drive" qui m'avait accroché. Pour
Welcome To The Cruel World de Ben Harper, je crois bien que c'est une borne d'écoute à la Fnac qui m'avait convaincu. Je me souviens que je traînais souvent au Virgin du Louvre le samedi après-midi. Je choisissais les disques à la pochette ou quand j'avais le temps je les écoutais les uns après les autres. Je me souviens aussi avoir découvert Jude et Sergent Garcia comme ça. Qui découvre encore de la musique comme ça aujourd'hui ? Les quelques albums qui m'ont marqué en ce début d'année (
The Crying Light, ce
Noble Beast dont je ne sais pas quoi penser, la compilation
Dark Was The Night,
March of the Zapotec) ont quasiment tous été apportés par le même dealer : rapidshare. J'en ai acheté certains, depuis, ceux que j'écoute vraiment et que je voudrais passer sur la chaîne de mon futur salon.
A l'époque, je ne pouvais me payer qu'un disque à la fois, et je le faisais sur la foi de ces informations parcellaires : une critique, une chanson entendue à la radio ou sur une borne d'écoute, un clip. J'avais intérêt à ne pas me planter. Ca arrivait, pourtant, ce qui me remplissait d'une amertume folle, lorsque les disquaires d'occasion ne m'offraient que le quart ou le tiers de la valeur du disque. Par contre, quand je réussissais mon coup, je passais des semaines, des mois en tête-à-tête avec un seul et même disque. J'en apprenais chaque respiration, j'en retenais toutes les inflexions. Aujourd'hui, entre Deezer, Rapidshare et le lien transparent et clair qui me relie aux quelques blogueurs que je lis régulièrement, je peux à loisir écouter des dizaines et des centaines de fois chaque disque qui éveille mon intérêt, avant de décider si vraiment il va me suivre et si je me l'achète. D'ailleurs, demain, je m'achète un Mountain Goats. Mais je ne passe plus autant de temps avec eux. Pour que l'un d'entre eux m'accroche, il faut qu'il en fasse 100 fois plus qu'à l'époque. Il ne suffit pas qu'il plaise. Il faut qu'il renverse, qu'il entre en résonnance avec des choses qui le dépassent. Il faut qu'il soit de la trempe des
Boxer,
The Crying Light,
The Flying Club Cup.
Mais je m'éloigne. J'ai réécouté
Automatic For The People. En entier. Deux fois. Je me souvenais encore de chaque chanson, tellement j'ai du l'user, en 1992. La production a un peu vieilli. La voix de Michael Stipe a tellement enflé et occupé l'espace depuis qu'elle en a perdu de son charme et de sa singularité. Et pourtant. Quel disque. Je me souviens bien que mes copains adoraient "Everybody Hurts" et que je préférais "Find The River". Je n'ai pas changé d'avis. Et le rapport intime que je pouvais avoir avec ce disque me manque, au moins un peu.